« Rien et Tout »

Ce texte est la traduction d’un post sur Tumblr par V. (lizardywizard): « Nothing and Everything ».

Le concept d’Otherkin est similaire au concept de thérianthropie, donc bien que les deux communautés aient des origines différentes ainsi que leur propre terminologie, j’ai choisi de partager ce texte ici concernant la question récurrente de « qu’est-ce que ça change d’être thérian ou otherkin » qu’on nous pose souvent:

 

Nothing and Everything – par V.

J’ai bien du mal à répondre à chaque fois qu’un questionnaire ou un meme pose la question: « quel impact être otherkin a sur votre quotidien? ».

Tout d’abord, ce n’est pas comme si j’avais un élément de comparaison. J’ai toujours été Other, j’ai toujours agis en tant que tel et ressenti ces choses, même quand je n’avais aucun terme pour cela. Quel genre de vie je vivrais si je n’étais pas otherkin? C’est une question qui m’obligerait à démêler des choses qui, je pense, ne peuvent pas forcément l’être, afin de spéculer sur ce que seraient ma personnalité de base, mes goûts, mes rêves et espoirs en l’absence de cette chose essentielle – car c’est bien l’essence, pour moi – qui définit ma vie. Cela me force à me demander, par exemple, si mon PDD-NOS – la catégorie médicale pour « vous manifestez de nombreux traits autistiques mais on n’a pas de terme dans votre cas » – est une conséquence du fait que je sois otherkin, ou bien si le fait d’être otherkin est une conséquence de mon PDD-NOS, et si aucun n’existerait sans l’autre. Ce qui est un sujet de spéculation fascinant, mais pas une chose pour laquelle je peux obtenir de réponse.

J’ai souvent l’impression que les gens qui posent cette question sont à la recherche d’un « X-file »: une caractéristique, un comportement, une pulsion qui ne peuvent pas être expliqués par les connaissances actuelles de l’humanité. Si l’auteur est otherkin, alors lui aussi, comme la plupart d’entre nous, recherche désespérément une espèce de preuve sur laquelle s’appuyer, quelque chose qui renforce la légitimité de notre expérience d’être non-humain intérieurement. Si l’auteur est un simple curieux, un interviewé, alors c’est l’envie d’une histoire intéressante qui surgit: plein de bonnes intentions, la plupart du temps, et d’ailleurs qui ne voudrait pas en savoir plus sur quelque chose de nouveau et fascinant qui existe en ce monde, et qu’on n’aurait jamais vu auparavant?

Mais bien qu’il me répugne de l’admettre, j’ai un corps et un cerveau humain, et donc par définition, tous mes comportements (physiquement, du moins) font partie de l’éventail des possibilités humaines. J’adorerais avoir la preuve quelconque d’être un dossier classé X, que mes yeux brillent d’un éclat vert dans le noir et qu’il est prouvé médicalement qu’il me faut dévorer la rate d’une vierge tous les trois mois pour rester en bonne santé. (Ok, peut être pas ce dernier détail. Les vampires sont les mieux placés pour savoir à quel point ce genre de truc est autant une malédiction qu’un don du ciel.)

Et pourtant, et pourtant. Comme je l’ai dit auparavant, être Other est au coeur même de ce qui me définit. En fait, je dirais même que ce n’est pas juste « au coeur »: c’est le coeur. Je respecte le type d’otherkin qui peut dire « c’est juste un détail me concernant, je suis humain avant tout ». Mais je ne suis pas comme eux.
En toute honnêteté je trouve ça assez risible, bien que tristement, quand des gens me demandent sincèrement « serais-tu otherkin si tu n’avais pas eu internet? ». Tout petit je répétais à ma mère « chiens bien humains mauvais » comme un genre de personnage tout droit sorti de La Ferme des animaux. (Non, je ne pense pas que les humains soient « mauvais ». C’était la seule chose que mini-moi avait pour exprimer le fait que je voulais être une chose qui avait une forme plus semblable à ceci, et pas cela. Et oui, je me souviens bien de mes pensées quand je l’ai dit.) Je me suis toujours senti personnellement et profondément frustré quand des personnages non-humains étaient traités en tant qu’êtres inférieurs, ou étaient sensés aspirer à l’humanité, ou quand être transformé en monstre ou bête était considéré comme une malédiction. J’ai toujours prié pour que ce genre de métamorphose m’arrive, j’ai porté queues et écailles et costumes de personnages fictifs quand cela ne se produisait pas. Si j’étais un ermite sur une île déserte, je serais toujours otherkin.
Est-ce que cela se manifeste toujours, ou même souvent, par des comportements? Pas vraiment: je garde beaucoup en moi. Il m’arrive de grogner, griffer, glatir et siffler, de me déguiser et porter des masques, mais ça ne me semble pas vraiment représentatif: c’est comme une expression superficielle, en comparaison de ce que je ressens.

Est-ce que cela affecte mon quotidien? Constamment. J’y pense, et je vois via ce prisme là, en permanence. Ca teinte tout ce que je fais, vois et sais, tout ce que je veux, ce dont j’ai besoin, ce que je ressens. Si je suis dans un train voyageant à travers la campagne, il est probable que je me projette dans le ciel en tant que dragon, ou que j’imagine faire émerger un museau de mon visage par la force de ma volonté, ou que j’invente des histoires de métamorphoses dans ma tête. Ca me transporte dans une tristesse et allégresse profonde. Les histoires que je lis, les personnages de fiction que je préfère, ce que je ressens quand mon museau humain arrache une bouchée de nourriture, la sensation quand je bouge mes orteils, les choses auxquelles je pense quand je suis au volant pour me rendre à l’épicerie, les choses qui attirent mon attention quand je suis présent, comment je me sens quand quelqu’un me prend au dépourvu ou que je vois un chien ou un enfant.

Mais ce n’est pas vraiment ce que vous voulez savoir. Vous voulez savoir si je suis capable de conduire jusqu’à l’épicerie; et si je ne peux pas, est-ce que c’est dû au fait que je sois otherkin? Vous voulez savoir si je gronde et halète sans retenue aux yeux de tous, si mes narines frémissent et que mes mâchoires claquent et que les gens peuvent voir l’aura de dragon qui m’entoure. Et peut être que certaines de ces choses ont pu arriver, de temps à autre. Mais cela ne reflète pas mon quotidien. La plupart des gens ne peuvent pas savoir que je suis otherkin en me regardant, à moins d’avoir un genre de sixième sens.

Mais juste parce que cela ne s’exprime pas dans des couleurs éclatantes, un rugissement spontané, une occurrence surnaturelle – juste parce que je suis bien trop doué pour me contenir et réprimer et faire comme si rien ne se passait – cela ne rend pas l’expérience moins intense pour moi. Cela m’affecte, constamment, malgré tout.

Ce n’est rien, et c’est tout. Je ne sais pas comment retranscrire cela avec des mots.

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un commentaire

  1. A reblogué ceci sur niuljeet a ajouté:
    Mraw <3

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