Maladies invisibles

J’aimerais pouvoir poster sur ce blog plus souvent, mais je n’ai juste pas l’énergie d’écrire en ce moment.

Au cas où je ne l’ai pas mentionné clairement dans un de mes posts précédents, je prends des médocs (trouble anxieux généralisé/dépression), et cette année j’ai du interrompre mes études parce que même si intellectuellement mon cursus universitaire ne me pose pas de difficulté, émotionnellement je ne peux plus fournir la capacité de travail nécessaire au respect des deadlines. Il y a plusieurs raisons à la dégradation de mon état en l’espace de quelques mois, notamment un déménagement compliqué, une rupture après plusieurs années de relation, et bien sûr les problèmes familiaux comme toujours. Jusque là j’avais le soutiens (matériel tout du moins) de ma famille pour couvrir mes frais, mais nos relations avaient déjà empiré depuis ma transition FtM, là c’est devenu ingérable depuis l’annonce de ma maladie mentale.

Enfin disons qu’ils pouvaient comprendre qu’il y ait des raisons pour lesquelles je me « sentes pas bien », et qu’ils avaient plus ou moins accepté que c’était du à mon trouble anxieux, et pas au fait que je sois trans (grande avancée); mais ensuite pour accepter le fait qu’une maladie mentale soit, eh bien, une vraie maladie avec des conséquences réelles sur ma vie et ma santé physique, apparemment ça les dépasse (tout ne serait qu’une affaire de « mauvaise volonté » après tout, puisque ça se passe dans ma tête). Et donc suite à ma rechute l’automne dernier, ma famille a joué de menace (réelles) à mon encontre, décidé de me couper les vivres, et ainsi de suite. Ce qui évidemment a déclenché moults crises d’angoisse, m’a replongé dans la dépression, et ainsi de suite. Cercle vicieux où plus ma sécurité matérielle et émotionnelle est menacée par ma famille, moins je suis en mesure de combattre mon trouble anxieux, plus ma situation se dégrade encore, et plus ma famille redouble de violence.

Donc voila j’ai été pas mal aigri ces derniers mois, à me battre de toutes mes forces pour survivre, chercher un job alimentaire en dépit du fait que je sois toujours malade, et malgré le fait que je sois trans avec les mauvais noms sur mes papiers, ce qui plombe aussi mes démarches. Manque de bol je n’ai pas eu le temps de valider mes diplômes avant mon arrêt (ma situation administrative est compliquée, je ne m’étendrai pas là dessus), donc je n’ai même pas mon « éducation » qui joue en ma faveur et pas d’expérience valable sur mon CV. Seul point positif j’imagine pour les employeurs potentiels, je suis blanc.

Même dans les cercles transpédégouines/féministe, il m’est difficile de parler de ma situation puisque ce n’est « pas si grave », que je n’ai pas été totalement renié par ma famille, et puis ils ont bien été là pour moi jusque là. Oui, sans doutes. J’ai fait le choix conscient de dealer avec eux, accepter le soutient matériel dont j’avais le privilège de pouvoir bénéficier, parce que j’étais déjà malade et que je ne pouvais pas faire autrement à ce moment pour couvrir mes frais, ne pouvant pas prendre un emploi. Grâce à cela j’ai aussi pu faire ma transition sans même passer par les équipes dites « officielles », ce qui m’a évité de me faire trasher par les experts auto-proclamés. Si je n’avais pas eu ce confort de vie (modéré cependant par le coût émotionnel dû chantage perpétuel que j’ai subit au fil des ans), je le dis clairement, je ne serai plus là pour en parler aujourd’hui.

Et toujours, la même chose qui revient et que je me prends en pleine gueule, le fait que tout n’est qu’une affaire de « bonne volonté ». On ne parlerait peut être pas autant de « bonne volonté » à quelqu’un qui aurait une maladie palpable ou quelque chose de visible sur un scanner. D’ailleurs on me l’a bien répété quand j’ai rempli mon dossier d’allocations, à moins d’avoir de graves problèmes d’autonomie tels que des difficultés pour s’habiller seul, se nourrir, se laver et ainsi de suite, je ne peux pas vraiment prétendre à des aménagements spécifiques au niveau de l’emploi. Je suis jugé en tout points aussi valide qu’une personne lambda.

Opinion reflétée encore dans les milieu activistes. Exemple, où j’explique poliment à quelqu’un qu’en ce moment je fais des crises d’angoisses quand je dois lire mes e-mails (à cause des menaces de la famille que j’y reçoit) et quand je dois consulter mes messages sur mon téléphone, mais qui ne comprend pas que certains jours je ne puisse pas gérer la pression des appels à soutien et actions collectives (« quand même tu pourrais faire un effort, c’est grave non ce qu’il se passe? »). Oui c’est très grave, et je suis désolé si je ne suis pas en capacité d’apporter mon soutient pour l’instant, je sais que ça semble idiot pour toi mais je n’ai pas le choix. Ce n’est pas une simple question d’effort (je recommande la lecture de cette traduction, « La théorie des cuillères », si vous ne le connaissez pas déjà).

Désolé aussi si je n’arrive pas à aller à un commissariat pour aider des personnes en garde à vue, cela m’a pris 4 mois pour franchir le seul de mon commissariat pour déclarer un vol de papiers (au mauvais noms, je le rappelle), donc si je peux éviter tout risque d’humiliation supplémentaire (ou pire, altercation) avec les forces de l’ordre, ça me sauve du genre de rechute où je n’arrive ni à dormir ni à manger correctement ni à sortir de chez moi ni décrocher le téléphone ou consulter mes e-mails pendant la semaine qui suit et où seul le Xanax me permet de tenir le coup. Et qu’on ne me traite pas de lâche, ni à cause de la vie que je mène, ni si un jour j’en ai tellement ma claque que je décide d’y mettre un terme, parce que j’ai lutté avec tellement de force en faisant même bonne figure, en dépit de toutes les merdres que j’ai du affronter depuis tellement longtemps, que ça serait la plus cruelle des ironies.

Je ne veux pas de médaille, j’en ai juste marre de certaines attitudes. Quand je pense que lorsque j’arrive à faire des actions, comme organiser des ateliers de discussions ou autre, je me retrouve ensuite à devoir écouter des personnes qui me disent « de toute façon si vous arrivez à organiser ce genre de truc, c’est bien parce que vous avez le privilège d’avoir l’énergie et le temps de le faire », j’ai juste envie de me défenestrer.

Alors bien sûr, il y des jours où j’arrive à faire des choses difficiles ou terrifiantes, et au mieux de ma forme elles ne me paraissent plus si terrifiantes que ça, et j’arrive même à porter ce masque de normalité qui me permet de ne pas me couvrir de honte quand je fais ces choses qui semblent anodines pour le reste de la population. Mais cela ne garanti pas que je soit toujours en état de le faire le reste du temps. Alors désolé (ou pas) si je ne poste pas beaucoup sur mon blog, si je met du temps à répondre à mes mails, ou si je ne peux pas être un « activiste modèle », ma priorité cette année c’est avant tout de rester en vie, et tant que j’y suis faire en sorte que ça ne soit pas un calvaire complet en permanence.

Et pour celleux qui me trouvent égoïste, paresseux ou de mauvaise volonté, fuck you. Vous n’êtes pas dans mes baskets.

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un commentaire

  1. La juste cause de la santé mentale · · Réponse

    Peu importe le nombre de post, puisque ceux qui sont publiés créer déjà la différence de manière positive. Alors ! Bravo… malgré l’immense effort que cette action, vous sollicite. MERCI ! De la part de tous ceux qui n’ont même pas ce minimum de capacité.

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